Entretien

… Véronique raconte, raconte sans arrêt, et l'histoire file sous ses doigts passionnés…

— Pourquoi tes tableaux sont-ils pour la plupart d'inspiration africaine ?
— À 22 ans, BTS en poche, je suis partie de Toulouse pour le Gabon. J'y ai exercé plusieurs activités : agent commercial de publicité, missions de ravitaillement ou d'administration de chantiers forestiers. Enfin, six années durant, j'ai été assistante du directeur de l'hôpital Schweitzer de Lambaréné.
    J'ai vécu huit ans au Gabon. La vie des gens de ce pays m'a fascinée. J'avais le besoin de la raconter et d'exprimer mon amour pour ce pays. Il y a beaucoup d'africains sur mes tableaux, il ne peut pas en être autrement.
    L'afrique me passionne beaucoup mais d'autres sujets m'inspirent comme les animaux ou mon univers fantastique... Je vis maintenant en France et les scènes de la vie quotidienne m'intéressent beaucoup.

— Les scènes représentées semblent souvent celles de rites religieux ou magiques... ?
— Durant mon séjour au Gabon, j'ai toujours cherché à me fondre dans la vie quotidienne de ce pays (marchés des villages, cérémonies, curiosité envers les petits métiers…). On sait que les rituels religieux ou magiques y occupent une place très importante. Ils président à toutes les activités de la communauté. Alors, c'est vrai, mes tableaux sont parfois empreints de références magiques, d'autant plus que, depuis toujours, je m'intéresse à l'aspect mystique de la Vie.

Une oeuvre de l'artiste ILETAT— Pourquoi travailles-tu avec des résines naturelles ?
— C'est une longue histoire… J'ai eu la chance de rencontrer Jacques, mon compagnon, au Gabon.
    Jacques possédait deux tableaux d'un peintre nommé ILÉLAT. Dès que j'ai posé mes yeux sur un des deux tableaux, j'ai eu un double flash : l'impression de rentrer dans le tableau et d'en ressortir aussitôt. Bouleversée par ce que je venais de vivre, j'ai eu envie d'en savoir plus et, surtout, de connaître ILÉLAT. Malheureusement, il était mort depuis trois ans.
    Un ami de Jacques, transporteur de grumes, a un jour remarqué dans " la Forêt des Abeilles " une maison très décorée. Curieux, il s'est approché pour rencontré le vieux Monsieur qui vivait là et réalisait ces tableaux. Il lui en a acheté plusieurs. Par la suite, c'est ainsi que Jacques a pu acquérir les siens.
    L'origine de cette peinture est bouleversante. ILÉLAT racontait qu'il avait, un jour, assisté à un meurtre. On lui avait demandé de témoigner, mais comme il ne parlait pas le français, il avait réalisé un tableau pour narrer l'événement. Par la suite, il a peint d'autres scènes, toujours en utilisant de la résine d'arbres de sa forêt. Puis, il est mort en ne laissant à personne le secret de sa technique…
    Moi, je ne pensais qu'à ça. Comment retrouver cette technique ? Quel est le bon mélange ? Quels sont les bons arbres ? À force de tâtonnements, me sentant guidée, j'ai réussi à mettre au point un mélange satisfaisant. Je l'utilisais pour réaliser mes premiers tableaux, enrichis de collages de graines, coquillages, bois, éléments naturels divers, car la nature est mon autre source d'inspiration. De chacun de mes voyages, je rapporte des Souvenirs de la Nature. Ainsi, sur mes tableaux, on peut trouver des éléments naturels de différents pays : Gabon, France, Colombie, Californie, Irlande, Cap Vert, Turquie…

— Quelle place la peinture tient-elle dans ta vie ?
— Je pense que je ne pourrais pas exister sans elle.
    Exister à plusieurs niveaux :
    D'une part, j'ai un besoin presque obsessionnel de créer, de sentir la matière se transformer sous mes doigts, de jouir de l'œuvre fidèle à l'idée que je m'en étais faite.
    D'autre part, un peu comme ILÉLAT, il me semble que ce que j'ai à raconter, ce dont j'ai à témoigner, est important. Peut-être pas pour les autres, mais pour moi, dans le sens où cela me libère chaque jour un peu plus.
    De même, je ressens très fort le besoin d'exprimer mon amour pour la Nature. La peinture est pour moi une façon de l'honorer et de faire perdurer son côté éphémère.
    Sans Jacques ma peinture ne serait pas ce qu'elle est aujourd'hui… [ Véronique entend son perroquet gris du Gabon ! ] et sans Coco qui a vécu des aventures extraordinaires, mais je vous les raconterai une autre fois…

Propos recueillis par Martine OLIVET - février 2003