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POÉSIE PICTURALE À TRAVERS LES MYTHOLOGIES DE MAURICE NOIROT

Longtemps, Maurice Noirot s´est essayé, sur divers modes, aux arts plastiques et littéraires, avant d´en venir à une peinture figurative, à la fois naïve et brute. Que s´est-il donc passé pour que cet artiste ait changé totalement sa démarche ?


Être totalement autodidacte et avoir, néanmoins, couvert un quart de siècle d’histoire de la peinture, tel est le cas de Maurice Noirot qui a créé, à cinq ans, son premier personnage de terre ; à dix-sept, ses premières peintures à l’huile abstraites puis surréalistes… Pour en venir à une peinture figurative, à la fois naïve et brute, dans laquelle il se sent enfin à l’aise comme un poisson dans l’eau.

Que s’est-il donc passé pour que cet artiste, nanti d’une solide technique acquise au fil des ans, et réalisant des œuvres belles et lumineuses, ait ainsi changé totalement sa démarche ? Comme tous les créateurs authentiques, Maurice Noirot est incapable de reproduire inlassablement les mêmes thèmes. Le désintérêt le gagnant, il avait de moins en moins le sentiment d’être créatif. Pourtant, rien ne l’avait préparé au choc qu’il a reçu lorsque, en 2000, il a été invité à animer des ateliers d’enfants ! Soudain, le soleil qui illuminait leurs dessins, s’est mis à briller, littéralement,  pour lui … L’artiste blasé qui peignait par la force de l’habitude a retrouvé le chemin de son atelier comme l’assoiffé va à la fontaine… Et le plus curieux est, qu’à mesure de l’apparition dans ses œuvres de ce soleil, des arbres et de toutes sortes d’animaux fabuleux ou familiers, lui-même s’est mis au rythme des saisons ! Comme « ses » plantes, il hiberne. Comme elles, il renaît au printemps, s’épanouit en été…

Et ce sont depuis lors, les multiples facettes d’un unique conte, reprises à l’infini, qui se déroulent sur un nouveau matériau, le bois. Comme si désormais, le peintre avait besoin de la dureté du support pour contrebalancer la douceur de ses évocations. Sa maison elle-même est devenue le lieu où s’inscrivent ses fantasmes. Les murs les plus quotidiens se sont enluminés de fleurs aux larges pétales et d’une bien étrange faune. Car une sorte de mythologie s’est développée, autour de laquelle il rôdait inconsciemment depuis bien longtemps : D’abord, l’homme-soleil aux grands yeux écarquillés sur un monde nouveau pour lui ; dardant ses rayons tout autour de sa face-rameaux ; étendant sur la Terre ses maîtresses branches ; distribuant ses graines au gré du vent, dispensant son ombre dans laquelle grandit la fille-fleur. Sans doute cette dernière est-elle le vecteur de la propagation de ces graines, car elle est aussi indispensable et inamovible pour Maurice Noirot, que le soleil et l’arbre. Ensuite viennent, selon la fantaisie de leur géniteur, la panthère-fille, l’oiseau-chenille, l’éléphant moucheté, le poisson préhistorique à écailles et plumetis, le papillon hexa-ailé, le quadrupède au dos hérissé d’une crête… le plus surprenant, dans ce monde d’allochtones à visages humains, étant « le rhislétorgon, croisement d’un rhinocéros, d’un lézard, d’une tortue et d’une gondole… Mais lui ne pourra pas se reproduire, car la gondole a coulé… »*

Paradoxalement, ce monde idéalement harmonieux et coloré, est conçu, du fait de sa situation sur des lignes verticales, non comme des « sociétés » interdépendantes, mais comme des êtres vivant chacun librement dans son monde, tout en faisant preuve d’une tolérance exemplaire. D’ailleurs, pour corroborer cette idée que chacun vit seul, mais que tous sont nécessaires à l’équilibre de son univers, l’artiste parsème ses œuvres de minuscules pointillés formant des « ondes cosmiques ou telluriques, des résonances du ciel et de la terre »* qui sont autant de  traits d’union entre ses petits êtres. Ainsi va le monde de Maurice Noirot qui, au soir de sa vie, a par hasard, recouvré son âme d’enfant ; y a puisé la liberté de créer une œuvre capable d’exprimer enfin son moi profond ; y a découvert une poésie picturale émouvante, humoristique et ludique… Et, en plaçant ses petites créatures, les yeux dans les yeux du visiteur, lui délivre un message passionné : Soyez comme nous, et le monde tournera plus rond !

* Maurice Noirot

Jeanine Rivais